Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : mon chemin, mes chiennes, mon livre

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Une traversée, pas un concept

Il arrive un moment où la vie ne se contente plus de nous bous­cu­ler : elle nous fait vaciller. Une sépa­ra­tion, un deuil, un trau­ma­tisme, une perte pro­fes­sion­nelle, une mala­die ou sim­ple­ment un effon­dre­ment inté­rieur peuvent ébran­ler ce que nous pen­sions stable. Nous nous retrou­vons alors face à une ques­tion essen­tielle : com­ment avan­cer quand tout en nous chan­celle ? La rési­lience n’est pas une qua­lité spec­ta­cu­laire réser­vée à quelques êtres excep­tion­nels. Elle est une dyna­mique intime, qui consiste à conti­nuer à vivre, à se recons­truire et à redon­ner du sens mal­gré la blessure.

La rési­lience n’est pas pour moi un concept théo­rique. C’est une tra­ver­sée. Un pas­sage étroit entre ce que l’on croyait être et ce que l’on devient lorsque la vie nous oblige à chan­ger de cap.

Cet article par­ti­cipe à l’évènement inter­blo­gueurs « Résilience, l’art d’avancer quand la vie chan­celle : vos clés pour tra­ver­ser l’épreuve » orga­nisé par Solweig Ely, auteure du blog Chemins de Vies (chemins-de-vies.fr), dédié à la recons­truc­tion après un trau­ma­tisme. J’apprécie pro­fon­dé­ment ce blog pour la déli­ca­tesse avec laquelle il aborde la gué­ri­son. Parmi ses articles, l’un de mes pré­fé­rés est : Trauma et rési­lience : l’espoir d’un nou­veau che­min de vie (https://chemins-de-vies.fr/trauma-et-resilience-lespoir-dun-nouveau-chemin-de-vie/).

Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : vos clés pour traverser l’épreuve

Comme l’a expli­qué Boris Cyrulnik, la rési­lience n’efface pas la bles­sure : elle per­met de vivre avec elle autre­ment. Elle ne nous rend pas invin­cibles ; elle nous rend plus conscients. Plus pro­fonds. Plus vivants.

Pour moi, la pre­mière clé pour tra­ver­ser l’épreuve est l’acceptation. Tant que nous lut­tons contre ce qui est, nous épui­sons notre éner­gie. Accepter ne veut pas dire approu­ver ce qui s’est pro­duit, ni mini­mi­ser la dou­leur. Cela signi­fie recon­naître que l’événement fait désor­mais par­tie de notre his­toire. Cette étape peut être longue, ponc­tuée de colère, de tris­tesse, de déni. Mettre des mots sur ce que l’on vit, écrire, par­ler à une per­sonne de confiance, consul­ter un pro­fes­sion­nel : ces gestes simples amorcent déjà un pro­ces­sus de répa­ra­tion intérieure.

Une autre clé essen­tielle réside dans la régu­la­tion du corps et du sys­tème ner­veux. Revenir au corps est un ancrage puis­sant. Respirer pro­fon­dé­ment, mar­cher dans la nature, pra­ti­quer une acti­vité douce, médi­ter ou sim­ple­ment s’asseoir en silence quelques minutes per­mettent de res­tau­rer un sen­ti­ment de sécu­rité inté­rieure. Ces pra­tiques ne sup­priment pas la dou­leur, mais elles nous redonnent une base stable à par­tir de laquelle nous pou­vons tra­ver­ser l’épreuve.

Donner du sens à ce que nous vivons consti­tue éga­le­ment un levier majeur de rési­lience. Cela ne signi­fie pas cher­cher à tout expli­quer ou à jus­ti­fier l’injustifiable. Il s’agit plu­tôt de se deman­der ce que cette épreuve révèle, ce qu’elle trans­forme, ce qu’elle nous invite à revoir dans nos prio­ri­tés ou dans nos choix. Avec le temps, cer­taines expé­riences qui nous ont sem­blé des­truc­trices deviennent des points de bas­cule. Elles nous obligent à rééva­luer nos valeurs, à quit­ter une situa­tion qui ne nous cor­res­pon­dait plus, à redé­fi­nir notre iden­tité. Ce tra­vail de sens ne se fait pas immé­dia­te­ment ; il émerge pro­gres­si­ve­ment, à mesure que la tem­pête inté­rieure s’apaise.

La rési­lience implique aussi d’accepter sa vul­né­ra­bi­lité. Notre société valo­rise la per­for­mance et la maî­trise, mais tra­ver­ser une épreuve nous confronte à nos limites. Aujourd’hui, je sou­haite par­ta­ger non seule­ment mes clés, mais mon che­min per­son­nel. Celui d’une femme qui disait sou­vent, à ses trente-​cinq ans, avoir déjà vécu sept vies intenses

35 ans et sept vies : fuir pour survivre

À trente-​cinq ans, j’ai connu des som­mets lumi­neux et des abîmes silen­cieux. J’ai long­temps cru que le mou­ve­ment me sau­ve­rait. Pendant plus de sept ans, mes voyages pro­fes­sion­nels m’ont menée au Japon et en Chine. Ces pays ont été des refuges. Tokyo m’a ensei­gné la beauté du geste juste, la pré­ci­sion tran­quille du quo­ti­dien. Pékin m’a appris l’équilibre entre tra­di­tion et moder­nité, chaos et sagesse. Dans les ruelles vibrantes, parmi les par­fums de thé au jas­min et d’encens, je res­pi­rais intensément.

Je pen­sais me libé­rer. En réa­lité, je fuyais. Je fuyais dans mon tra­vail, dans la per­for­mance, dans l’efficacité. Fuir dans l’action donne l’illusion de gué­rir. Mais la dou­leur finit tou­jours par se faire entendre.

Durant ces années, je trans­mu­tais ma souf­france en pro­jets et en réus­sites. Je bou­geais pour ne pas res­sen­tir. Je brillais pour ne pas som­brer. Jusqu’au moment où le corps et l’âme ont dit stop.

2025 : l’année-charnière

En 2025, tout s’est cris­tal­lisé. Une colère sourde, une injus­tice dif­fi­cile à nom­mer, une amer­tume insi­dieuse ont envahi mon quo­ti­dien. Je me suis vue res­ter trop long­temps sur un bateau en per­di­tion, embar­quée dans un envi­ron­ne­ment fait de trom­pe­ries et d’illusions. Rester aurait signi­fié me trahir.

En février 2025, j’ai pris la déci­sion la plus radi­cale de ma vie : chan­ger d’environnement pour me sau­ver. Rester, c’était renon­cer à moi-​même. Partir, c’était pré­ser­ver ma santé et mon inté­grité. J’ai agi avec colère, oui, mais aussi avec luci­dité. Celle de com­prendre que cer­taines rela­tions nous détruisent len­te­ment, comme l’eau qui s’infiltre dans la coque d’un navire jusqu’à le faire cou­ler. Notre pre­mier réflexe face à la dou­leur est sou­vent l’isolement. Je me suis reti­rée. J’ai coupé le bruit du monde pour pan­ser mes plaies. Mais l’isolement pro­longé dérègle aussi le corps : dopa­mine et séro­to­nine se raré­fient, la joie s’éloigne. Je l’ai senti. Il me fal­lait trou­ver un fil d’Ariane.

Écrire pour respirer : pourquoi ce projet de livre ?

C’est là qu’est né mon pro­jet de livre autobiographique.

En quête de liberté.

Pourquoi ce pro­jet de livre ? Parce qu’écrire, c’est prendre soin de moi. Déposer des mor­ceaux de vie sur le papier comme l’on pose des pierres sur un che­min. Se rap­pe­ler d’où l’on vient pour com­prendre vers où l’on va. Écrire est devenu un espace de vérité, un silence qui parle, un souffle qui me ramène à l’essentiel.

Je n’ai pas voulu régler des comptes. Au fil des relec­tures, j’ai épuré, net­toyé, jusqu’à ne gar­der que la lumière. La colère peut don­ner du cou­rage, mais l’amertume étouffe la joie. Je ne vou­lais plus sur­vivre. Je vou­lais revivre.

Écrire ce livre a été un acte de trans­for­ma­tion. Mettre des mots sur la dou­leur m’a per­mis de la dépla­cer, de la façon­ner, d’en faire une matière vivante et créa­trice plu­tôt qu’un poids silen­cieux. Chaque phrase a ouvert un espace de res­pi­ra­tion. Chaque cha­pitre a par­ti­cipé à une forme de recons­truc­tion intérieure.

Ce manus­crit est, à ce jour, un pro­jet. Il trou­vera peut-​être un édi­teur, peut-​être restera-​t-​il une œuvre confi­den­tielle. Mais au-​delà de sa dif­fu­sion, l’essentiel est ailleurs : dans le geste d’écrire, dans la volonté de témoi­gner, dans le choix de trans­for­mer une épreuve en partage.

À tra­vers ce récit, je m’adresse à celles et ceux qui tra­versent l’incertitude, la perte ou la frac­ture intime. Si ces pages per­mettent à une seule per­sonne de se sen­tir moins seule, alors l’histoire aura plei­ne­ment rem­pli sa fonction.

Celles qui m’ont sauvée : mes chiennes

Mais je dois être hon­nête : je ne me suis pas sau­vée seule.

Celles qui m’ont sau­vée, ce sont mes chiennes.

Leur pré­sence a été un ancrage. Leur regard, un miroir sans juge­ment. Dans mes moments d’effondrement, elles ne deman­daient ni expli­ca­tion ni jus­ti­fi­ca­tion. Elles étaient là, cha­cune dans une période de ma vie bien pré­cise. Leur fidé­lité m’a rap­pelé que j’existais encore.

Les ani­maux per­çoivent nos failles sans les exploi­ter. Ils sentent nos bles­sures d’âme. Ils s’approchent avec une déli­ca­tesse que les humains ont par­fois oubliée. Mes chiennes ont été mes thé­ra­peutes sans diplôme, mes gar­diennes de lumière.

Marcher avec elles à l’aube, sen­tir leur souffle, entendre leurs pas régu­liers sur le sol m’a recon­nec­tée au vivant. Elles m’ont obli­gée à sor­tir, à res­pi­rer, à res­ter en mou­ve­ment. À prendre soin d’elles, je pre­nais soin de moi.

Ici avec ma jeune chienne Vanda, Berger Blanc Suisse
Ici avec ma jeune chienne Vanda, Berger Blanc Suisse

Transformer la douleur en mission

Peu à peu, quelque chose a bas­culé. Ma souf­france ne vou­lait plus seule­ment être gué­rie ; elle vou­lait être utile.

Un besoin pro­fond est né : offrir mes soins aux cabos­sés de la vie. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment aux ani­maux bles­sés, sur­tout ceux qui sont bles­sés dans l’âme. Les ani­maux trau­ma­ti­sés, anxieux, mar­qués par l’abandon ou la vio­lence portent une détresse qui résonne en moi.

Je me suis for­mée davan­tage, plus par­ti­cu­liè­re­ment en phy­to­thé­ra­pie et soins thé­ra­peu­tiques à l’aide de dia­pa­sons. Chacune de ces for­ma­tions com­plé­men­taires était une pierre ajou­tée à mon propre che­min de reconstruction.

En aidant ces êtres fra­gi­li­sés à retrou­ver confiance, je gué­ris­sais aussi une par­tie de moi-​même. La rési­lience deve­nait cir­cu­laire : ce que je don­nais me reve­nait trans­formé.

J’offre plu­sieurs ate­liers gra­tuits de soins pour ani­maux. Retrouvez mes accom­pa­gne­ments en cli­quant ici !

Ici avec ma chienne Eshe, Chien Loup de Tschécoslovaquie
Ici avec ma chienne Eshe, Chien Loup de Tschécoslovaquie

Mes clés personnelles pour avancer

Si je devais résu­mer mes clés de rési­lience, elles seraient celles-ci :

1. Partir quand res­ter détruit. Avoir le cou­rage de quit­ter un envi­ron­ne­ment nocif, même si cela implique l’inconnu.

2. S’isoler tem­po­rai­re­ment, mais pas s’enfermer. Se reti­rer pour gué­rir, tout en gar­dant un lien avec le vivant.

3. Écrire pour trans­for­mer. Faire de la plume un outil thé­ra­peu­tique, un espace de vérité.

4. S’appuyer sur les ani­maux. Leur pré­sence est une méde­cine silencieuse.

5. Donner un sens à la bles­sure. Transformer la dou­leur en pro­jet, en mis­sion, en contribution.

6. Se for­mer pour ser­vir. Convertir l’expérience per­son­nelle en com­pé­tence pro­fes­sion­nelle au ser­vice des plus vulnérables.

La rési­lience n’est pas linéaire. Il y a encore des jours d’ombre. Mais je ne suis plus spec­ta­trice de mon nau­frage. Je suis actrice de ma transformation.

De la fuite à la liberté

Je croyais autre­fois que la liberté se trou­vait dans les voyages loin­tains, les réus­sites visibles, le mou­ve­ment per­ma­nent. Aujourd’hui, je sais qu’elle réside dans l’alignement inté­rieur. Dans la capa­cité à dire non. À se choi­sir. À créer.

Mon pro­jet de livre est une pas­se­relle entre « mes sept vies pas­sées » et celle que je construis main­te­nant. Les ani­maux bles­sés que j’accompagne sont les miroirs de ma propre réparation.

La vie a chan­cellé. Oui. Mais elle m’a aussi réinventée.

Et si la rési­lience est un art, alors je crois qu’il consiste à faire de nos fis­sures des lignes d’or, non pas pour effa­cer la cas­sure, mais pour la sublimer.

Je ne cherche plus à sur­vivre.
Je choi­sis, chaque jour, de revivre.

Fabienne

Créatrice AnimaSoins au Naturel

4 Commentaires sur “Résilience, l’art d’avancer quand la vie chancelle : mon chemin, mes chiennes, mon livre

  1. Beni d'Éveil des hypersensibles dit:

    Merci Fabienne pour ton récit qui m’a pro­fon­dé­ment touché.e . La manière dont tu par­tages ton che­min de rési­lience, avec ses hauts, ses bas et la pré­sence pré­cieuse de tes chiennes, est à la fois authen­tique et inspirante.
    Le fait que tu écrives ce manus­crit pour racon­ter ton par­cours est déjà une démarche puis­sante et thé­ra­peu­tique. Même à l’état de pro­jet, il montre que mettre ses expé­riences par écrit peut être un véri­table outil de trans­for­ma­tion et d’apaisement intérieur.

    • Fabienne Bruttin dit:

      Merci du fond du cœur, Béni, pour ton message.

      Savoir que mon récit résonne et peut ins­pi­rer, ne serait-​ce qu’un peu, donne encore plus de sens à ma démarche. Écrire est effec­ti­ve­ment un che­min en soi — par­fois confron­tant, sou­vent libé­ra­teur — et tes mots viennent le confir­mer avec beau­coup de douceur.

      Merci pour ton regard. 🌿

  2. Sylvie dit:

    J’aime les his­toires de rési­lience… Ce thème m’é­meut par­ti­cu­liè­re­ment car il résume tout ce qui fait notre huma­nité : l’a­mour que l’on peut se por­ter ou témoi­gner aux autres et notre lien au vivant.
    Bravo pour ce pro­jet d’écriture !

    • Fabienne Bruttin dit:

      Merci Sylvie ! La rési­lience est pour moi bien plus qu’un thème d’écriture — c’est aussi une expé­rience intime, à com­men­cer par l’amour que l’on apprend à se por­ter, celui que l’on offre, et ce fil invi­sible qui nous relie aux autres, aux ani­maux, au monde du vivant.

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