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Soins dentaires du chien pour la santé des autres organes

Les soins den­taires du chien ciblent depuis tou­jours le trai­te­ment des seules mala­dies de la bouche. C’est limi­ter consi­dé­ra­ble­ment l’im­por­tance des mala­dies buc­cales qui ont la plu­part du temps des consé­quences sur l’en­semble des organes du corps du chien.
Même beau­coup de pro­fes­sion­nels vété­ri­naires n’ont pas conscience que la mau­vaise santé géné­rale du chien a son ori­gine dans sa bouche. Réciproquement, une mala­die “quelque part” du chien a des consé­quences paro­don­tales.
C’est une optique nou­velle suite à des syn­thèses récentes de recherches que nous expli­quons ici. Cela per­met de com­prendre pour­quoi cer­taines mala­dies sont encore à notre époque sans vraies solu­tions thé­ra­peu­tiques. Cette façon de voir risque de remettre en cause nombre de pro­to­coles, diag­nos­tiques et symptômes.

Sommaire de l’ar­ticle mas­quer

La maladie parodontale est le premier problème de santé qui touche les chiens aujourd’hui

On estime qu’elle touche direc­te­ment plus de 80 % des chiens adultes. Comme la mala­die paro­don­tale est très répan­due, il y a de fortes chances que votre chien soit éga­le­ment tou­ché, même si son régime est par ailleurs réputé sain. 

Dans cet article, nous allons exa­mi­ner la cause insoup­çon­née de cette mala­die “épi­dé­mique”, et com­ment de nou­velles recherches indiquent que les trai­te­ments que nous uti­li­sons aujourd’­hui pour trai­ter la mala­die den­taire paro­don­tale ne semble pas être les bonnes. 

Qu’est-​ce qu’une maladie parodontale ?

Une fois qu’elle appa­raît, la mala­die den­taire ou paro­don­tale est géné­ra­le­ment pro­gres­sive et com­porte plu­sieurs stades de gravité.

Stade 1. Gingivite

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La gin­gi­vite est une inflam­ma­tion des gen­cives et consti­tue le stade le plus pré­coce de la mala­die paro­don­tale. La poche de la gen­cive qui entoure la dent du chien contient un espace étroit appelé sul­cus(1). C’est là où la plaque den­taire peut com­men­cer à se former.

La plaque den­taire est un film consti­tué de colo­nies de bac­té­ries, ainsi que de pro­téines spé­ciales pro­ve­nant de la salive, de sucres et de cel­lules immu­ni­taires.
Les bac­té­ries sont des êtres vivants et cer­taines espèces peuvent excré­ter des sous-​produits qui peuvent déclen­cher une réponse du sys­tème immu­ni­taire. Ces sous-​produits endom­magent les gen­cives et pro­voquent une inflammation.

Le prin­ci­pal signe de la gin­gi­vite est une fine ligne rouge sur les gen­cives à l’en­droit où elles ren­contrent les dents.

(1) En odon­to­lo­gie, le sul­cus désigne le sillon situé entre le bord de la gen­cive et la dent (voir poche paro­don­tale). En ana­to­mie, le sul­cus médian désigne le sillon de la langue, ves­tige de la fusion des deux ren­fle­ments laté­raux (langue primaire).

Stade 2. Le tartre

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À mesure que les popu­la­tions bac­té­riennes pro­duisent davan­tage de sous-​produits toxiques, l’in­flam­ma­tion aug­mente et com­mence à endom­ma­ger le tissu gin­gi­val. En même temps, le sul­cus autour de la dent s’é­lar­git et se creuse, per­met­tant à encore plus de bac­té­ries d’y vivre.

Une fois le sul­cus élargi, la plaque den­taire se déplace de la dent dans le sul­cus, sous la sur­face de la gen­cive. Les bac­té­ries pré­sentes dans la plaque conti­nuent à pro­duire des sous-​produits et à déclen­cher une inflam­ma­tion. C’est le prin­ci­pal moteur de la mala­die paro­don­tale avan­cée.

La plaque com­mence à inter­agir avec les miné­raux tels que le cal­cium et le phos­phore pré­sents dans l’a­li­men­ta­tion de votre chien. Lorsque cela se pro­duit, la pel­li­cule se dur­cit. C’est ce qu’on appelle le cal­cul ou le tartre. Comme la plaque, le tartre s’ac­cu­mule d’a­bord sur les dents, puis se déplace sous la sur­face des gen­cives à mesure que l’in­flam­ma­tion se pour­suit. La sur­face exté­rieure du tartre est dure et rugueuse et la plaque s’ac­croche à la sur­face et se miné­ra­lise rapi­de­ment, créant davan­tage de tartre et plus d’ir­ri­ta­tion pour les gen­cives ou la gencive.

À ce stade, vous ver­rez plus d’in­flam­ma­tion et de tartre. Les gen­cives seront rouges et irri­tées et l’ha­leine de votre chien aura pro­ba­ble­ment une mau­vaise odeur.

Stade 3. La maladie parodontale

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L’accumulation de cer­taines bac­té­ries dans la plaque den­taire le long des gen­cives crée une inflam­ma­tion ou gin­gi­vite. Si on laisse les colo­nies de bac­té­ries se déve­lop­per, la gra­vité de la gin­gi­vite aug­mente et les colo­nies bac­té­riennes conti­nuent à endom­ma­ger les gen­cives.
Qui dit inflam­ma­tion dit réponse immu­ni­taire. La réponse immu­ni­taire va donc se déve­lop­per dans les zones tou­chées et libé­rer des cel­lules immu­ni­taires appe­lées cyto­kines. Elles vont elles aussi endom­ma­ger les tis­sus. À ce stade, les toxines bac­té­riennes et les cyto­kines peuvent pro­vo­quer une perte osseuse et il y aura beau­coup de tartre autour des dents.

Une fois cette étape atteinte, les gen­cives saignent faci­le­ment et des poches se forment dans les gen­cives. Il y aura éga­le­ment une mau­vaise haleine évidente.

En l’ab­sence de trai­te­ment, les gen­cives conti­nue­ront à se rétrac­ter en rai­son de l’in­flam­ma­tion, la perte osseuse s’ac­cen­tuera et le chien risque d’a­voir des dents mobiles ou man­quantes.

Plus votre chien vit long­temps avec une mala­die den­taire, plus le risque pour sa santé est grand. Il ne s’a­git pas seule­ment de sa bouche, mais aussi de tous ses autres organes. Voir ci-dessous.

Mais avant d’en arri­ver à l’ex­pli­ca­tion de ce “phé­no­mène” qui est la géné­ra­li­sa­tion des mala­dies à par­tir de simples “pro­blèmes dans la bouche” , exa­mi­nons de plus près les bac­té­ries pré­sentes dans la bouche de votre chien.

Le mécanisme de fonctionnement des bactéries de la bouche et du tube digestif – Eubiose et dysbiose(1)

Jusqu’à récem­ment, on pen­sait que les mala­dies den­taires étaient dues à l’ac­cu­mu­la­tion de bac­té­ries dans la bouche. Mais ce n’est qu’en par­tie vrai et beau­coup plus com­plexe.

Bactéries de la bouche et bactéries du tube digestif

Votre chien “consomme” (avale) bien plus qu’un tril­lion(2) de bac­té­ries chaque jour. Avec la nour­ri­ture, en res­pi­rant, etc .Certaines de ces bac­té­ries se déplacent auto­ma­ti­que­ment de la bouche vers et dans le tube diges­tif via le trac­tus gastro-​intestinal(3). D’autres res­te­ront dans la bouche de votre chien et colo­ni­se­ront la plaque den­taire.

Rôle particulier des bactéries du tube digestif et de l’intestin

Mais le méca­nisme glo­bal final est que les bac­té­ries qui pénètrent dans la bouche de votre chien ali­mentent en per­ma­nence les colo­nies bac­té­riennes qui vivent dans son intes­tin. Et cette popu­la­tion de bac­té­ries intes­ti­nales est essen­tielle à la santé et au sys­tème immu­ni­taire de votre chien (ou de l’être humain d’ailleurs). En com­plé­ment, voir nos articles “Résistance du chien aux mala­dies : le sys­tème de défense immu­ni­taire” et “Anomalies du sys­tème immu­ni­taire et mala­dies du chien”.

Si les colo­nies bac­té­riennes pré­sentes dans la bouche de votre chien ne sont pas en “bonne santé” (ou ne sont pas des bac­té­ries “amies”) celles de son intes­tin ne le seront pas non plus. En consé­quence votre chien aura la santé des bac­té­ries de son intes­tin – c’est à dire une santé pas florissante.

(1) Eubiose et Dysbiose de la plaque den­taire. De mul­tiples micro-​organismes, bac­té­ries, cham­pi­gnons, virus, pro­to­zoaires, coha­bitent dans la cavité buc­cale. C’est ce qu’on appelle l’eubiose. La rup­ture de cet équi­libre de coha­bi­ta­tion entraîne une dys­biose. La paro­don­tite résulte de cette dys­biose buc­cale et de la réac­tion immu­ni­taire de l’hôte. Celle-​ci peut avoir des consé­quences locales et sys­té­miques (sur toutes les par­ties du corps) de l’in­di­vidu (Humain ou ani­mal).
(2) Un tril­lion = Un mil­liard de mil­liards (soit 1018).
(3) Le trac­tus gas­tro-intes­ti­nal, ou GI, est une voie de pas­sage (tube diges­tif) qui débute aux lèvres et se ter­mine à l’a­nus. Il a pour fonc­tion le trans­port et la diges­tion des ali­ments. L’œsophage véhi­cule les ali­ments vers l’es­to­mac où un acide fort désa­grège et dégrade encore davan­tage les matières avalées.

L’organisation au niveau des bactéries. Les microbiomes

Les colo­nies bac­té­riennes pré­sentes dans la plaque den­taire sont extrê­me­ment orga­ni­sées, ce qui témoigne de leur impor­tance et de leur degré d’é­vo­lu­tion. Il en est de même des colo­nies du tube diges­tif, quasi iden­tiques .
Le grat­tage de la plaque den­taire révèle une “métro­pole orga­ni­sée” com­po­sée de minus­cules colo­nies de bac­té­ries micro­sco­piques elles aussi orga­ni­sées en groupes plus importants.

Collectivement, ces com­mu­nau­tés de bac­té­ries et autres micro-​organismes(1) minus­cules sont appe­lées micro­biome. On trouve des micro­biomes sur la plu­part des sur­faces du corps.
Le micro­biome de la bouche est le deuxième micro­biome le plus impor­tant, après celui de l’in­tes­tin dont nous avons parlé plus haut.

Le micro­biome(1) de la plaque den­taire n’est pas une popu­la­tion aléa­toire de bac­té­ries. Comme déjà indi­qué, elles vivent toutes ensemble dans des com­mu­nau­tés struc­tu­rées. Et les cher­cheurs ont décou­vert que Corynebacterium est la bac­té­rie que l’on trouve juste à côté de l’é­mail den­taire et qu’elle se déve­loppe “par cercles” vers l’ex­té­rieur des dents. Elle se met “en réseau” avec la couche ou colo­nie de bac­té­ries sui­vante. Les Corynebacterium sont ser­rées les unes contre les autres et adhèrent étroi­te­ment à la dent, ce qui les rend dif­fi­ciles à éli­mi­ner avec les ali­ments (os) ou le brossage.

Les colo­nies vivant dans la couche la plus externe du micro­biome sont prin­ci­pa­le­ment consti­tuées de souches ami­cales de strep­to­coques (à la “jonc­tion” avec la salive). Ces bac­té­ries libèrent du dioxyde de car­bone, qui aide les colo­nies de strep­to­coques à se développer.

(1) Le micro­biote est l’ensemble des orga­nismes micro­biens d’une com­mu­nauté, géné­ra­le­ment uti­lisé en réfé­rence à un hôte ani­mal. Le micro­biote diges­tif est le plus cou­rant. Il com­prend le micro­biote de la bouche et le micro­biote intes­ti­nal.
Le micro­biome est l’ensemble des micro-​organismes et leurs gènes vivant dans un envi­ron­ne­ment par­ti­cu­lier. Il se rap­porte aux bac­té­ries (élé­ments pri­maires) et à leurs gènes (élé­ments secon­daires). Le micro­biome contient le micro­biote, son « domaine d’activité » mais aussi les condi­tions envi­ron­ne­men­tales du milieu.

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Section agran­die des posi­tions rela­tives des micro-organismes

Interaction entre microbiomes et organes

Ces bac­té­ries doivent nor­ma­le­ment vivre toutes en har­mo­nie “avec” l’or­ga­nisme. Dans les faits, les bac­té­ries et autres micro-​organismes sont près de 100 fois plus nom­breux que les propres cel­lules du chien. On devrait donc plu­tôt dire que ce sont les cel­lules qui doivent vivre avec les bactéries.

Le microbiome de la bonne santé

Lorsque les bac­té­ries du micro­biome sont “en bonne santé”, elles apportent des bien­faits à votre chien. C’est ce qu’on appelle la sym­biose, c’est-​à-​dire que la rela­tion entre les bac­té­ries et votre chien est sym­bio­tique ou béné­fique pour les deux. Ces bac­té­ries fabriquent en effet des acides gras à chaîne courte et des vita­mines. Elles forment l’es­sen­tiel de ce que nous appe­lons “sys­tème immu­ni­taire” qui nous pro­tège contre les agres­sions “externes” (du “non-​soi”. Voir nos articles .…) Elles ont même un lien direct avec le cer­veau, appelé l’axe intestin-​cerveau.
Inutile de pré­ci­ser que ces bac­té­ries sont essen­tielles à la santé de votre chien.
Mais les bac­té­ries qui vivent dans votre chien ne sont mal­heu­reu­se­ment pas toutesami­cales”.

Les déséquilibres dans le microbiome et l’importance des soins dentaires du chien

Si l’é­qui­libre entre sous-​colonies de bac­té­ries est per­turbé, et que cer­taines espèces de bac­té­ries meurent tan­dis que d’autres se déve­loppent plus vite et prennent le des­sus, l’in­fluence de l’en­semble sur le fonc­tion­ne­ment des organes de votre chien va chan­ger. Les cher­cheurs constatent que lorsque les popu­la­tions bac­té­riennes fra­giles des micro­biomes sont réduites ou moins diver­si­fiées, le risque de mala­die aug­mente. N’oublions pas que ces bac­té­ries forment l’es­sen­tiel du sys­tème immunitaire.

Par exemple, une étude menée sur des chats atteints de mala­die du côlon irri­table (MCI)(1 a mon­tré que les chats en bonne santé avaient une popu­la­tion bac­té­rienne beau­coup plus impor­tante dans leur intes­tin que les chats atteints de MCI (b).

Une autre étude a révélé que la peau des chiens en bonne santé était habi­tée par une popu­la­tion bac­té­rienne beau­coup plus riche et diver­si­fiée que celle des chiens souf­frant d’allergies ©.

(1) MCI, mala­die du colon irri­table, éga­le­ment appelé syn­drome de l’intestin irri­tablecolo­pa­thie fonc­tion­nelle ou troubles fonc­tion­nels intes­ti­naux. Le syn­drome du côlon irri­table est un trouble chro­nique qui se tra­duit par des maux de ventre, de la diar­rhée ou de la consti­pa­tion, et une sen­sa­tion de ballonnement.

Dysbiose(1) de la bouche et maladies parodontales. L’activation du système immunitaire

La recherche montre éga­le­ment que la dys­biose de l’en­semble des micro-​organismes et bac­té­ries (micro­biome) de la bouche est la véri­table cause des mala­dies paro­don­tales. Il ne s’a­git pas de la seule plaque den­taire comme on le croyait encore récemment. 

Un autre point à noter, lorsque les popu­la­tions bac­té­riennes sont équi­li­brées, le sys­tème immu­ni­taire ne sera pas “alarmé” et res­tera inactif.
Mais si l’é­qui­libre entre bac­té­ries est rompu, cer­taines espèces indé­si­rables de bac­té­ries peuvent se déve­lop­per de manière incon­trô­lée et déclen­cher une réponse immu­ni­taire (si le sys­tème immu­ni­taire est en capa­cité de la fournir).

Enfin, lorsque le sul­cus est enflammé, les cel­lules de la gen­cive sont pri­vées d’oxy­gène et ce manque d’oxy­gène favo­rise la crois­sance des bac­té­ries nui­sibles. Une fois que leurs colo­nies se déve­loppent, elles peuvent “évin­cer” les autres colo­nies de bac­té­ries amies en se dis­pu­tant les mêmes nutri­ments, ce qui entraîne une dysbiose.

(1) Un dés­équi­libre dans le micro­biome est res­pon­sable des patho­lo­gies bucco-​dentaires. Ces patho­lo­gies sont cau­sées par des bac­té­ries patho­gènes défi­nies comme oppor­tu­nistes. A savoir qu’elles appar­tiennent au micro­biote nor­mal de la cavité buc­cale ne cau­sant habi­tuel­le­ment pas de mala­die, mais pou­vant deve­nir patho­gènes quand l’équi­libre du micro­biome est rompu. On parle alors de dys­biose.

L’importance de la dysbiose de la bouche, la réponse immunitaire et les soins dentaires du chien

Si cette dys­biose buc­cale n’est pas “répa­rée” et si l’é­qui­libre du micro­biome n’est pas réta­bli, des colo­nies de bac­té­ries nocives telles que Porphyromonas gin­gi­va­lis(1) com­men­ce­ront à détruire les tis­sus des gen­cives. Une fois que les gen­cives sont enflam­mées, le sys­tème immu­ni­taire four­nit des nutri­ments tels que le fer à la zone infec­tée. Mais ces bac­té­ries nocives se sont adap­tées pour se nour­rir de ces nutri­ments. Elles com­mencent à se déve­lop­per rapi­de­ment de manière incon­trô­lée tan­dis que le sys­tème immu­ni­taire conti­nue à les nour­rir en injec­tant de plus en plus de fer et d’autres nutri­ments dans le tissu infecté. Le sys­tème immu­ni­taire ali­mente alors la maladie.

L’ampleur des dégâts qui en résultent dépend de quelques fac­teurs.
Les chiens de petite taille et les races bra­chy­cé­phales comme les car­lins et les boxers semblent être plus enclins aux mala­dies paro­don­tale. Elle est éga­le­ment plus sus­cep­tible de se pro­duire chez les chiens âgés, qui ont une réponse immu­ni­taire plus lente et moins forte. La réponse immu­ni­taire est en effet essen­tielle pour déter­mi­ner la rapi­dité et limi­ter la gra­vité du déve­lop­pe­ment des mala­dies dentaires.

Des mala­dies comme le dia­bète ou d’autres pro­blèmes de santé liés à une réponse immu­ni­taire com­pro­mise (comme les aller­gies, l’ar­thrite, l’hy­po­thy­roï­die, les mala­dies du foie, de l’in­tes­tin et des reins) fini­ront par pro­vo­quer une inflam­ma­tion exa­gé­rée des gen­cives et aggra­ve­ront la dys­biose de la bouche.

Mais les réac­tions peuvent être “croi­sées”. Non seule­ment les mala­dies d’autres organes peuvent avoir un impact sur la santé bucco-​dentaire, mais les mala­dies paro­don­tales peuvent éga­le­ment endom­ma­ger les organes de votre chien. Par exemple la poro­sité intes­ti­nale de l’in­tes­tin chez les chiens pour laquelle nous sommes en train d’é­crire une article sur cette maladie.

(1) Porphyromonas gin­gi­va­lis est une espèce de bac­té­ries pré­sentes dans la cavité buc­cale, res­pon­sable de gin­gi­vite. Elle serait un des fac­teurs favo­ri­sant de la mala­die d’Alzheimer. C’est un des patho­gènes majeurs des parodontites

Comment les maladies dentaires provoquent d’autres maladies dangereuses en relation avec les soins dentaires du chien

Si le micro­biome de la bouche de votre chien est équi­li­bré, les colo­nies de bac­té­ries seront aussi équi­li­brées et saines. Elles vivront dans leur envi­ron­ne­ment normal. 

Migration de cellules, soins dentaires du chien et bactériémie

Mais lorsque les popu­la­tions de cer­taines souches deviennent incon­trô­lables, les bac­té­ries sont en concur­rence dans la bouche même. Certaines auront plus de mal à riva­li­ser et migre­ront hors de leur “quar­tier réservé”.
Les bac­té­ries peuvent ainsi pas­ser des gen­cives endom­ma­gées aux sys­tèmes lym­pha­tique et vas­cu­laire et migrer vers d’autres organes du corps. C’est ce qu’on appelle la bac­té­rié­mie, qui est très simi­laire à ce qui se passe dans le cas d’une fuite intes­ti­nale.

Dysbiose dans l’intestin et soins dentaires du chien

En fait, les colo­nies de bac­té­ries de la bouche et de l’intes­tin sont très simi­laires. Les mêmes colo­nies et popu­la­tions se retrouvent pour 45% dans la bouche et dans l’in­tes­tin. Ainsi, si les bac­té­ries de la bouche se déve­loppent de manière incon­trô­lée, cette dys­biose entraî­nera la même dys­biose dans l’in­tes­tin.

Conséquence de la dysbiose de l’intestin

Les sous-​produits toxiques des bac­té­ries nocives vont éga­le­ment pro­vo­quer une inflam­ma­tion et une éro­sion des cel­lules qui tapissent la paroi intes­ti­nale. D’autres bac­té­ries et toxines vont péné­trer dans l’or­ga­nisme, créant une cas­cade d’in­flam­ma­tions chro­niques qui fini­ront par atteindre les organes et y pro­vo­quer des maladies.

Parallèle entre les soins dentaires du chien et les pathologies humaines

Chez l’homme, les mala­dies paro­don­tales ont été asso­ciées aux mala­dies car­dio­vas­cu­laires, au dia­bète, à la poly­ar­thrite rhu­ma­toïde, aux MII(1) et aux acci­dents vas­cu­laires céré­braux. Les recherches menées sur les chiens montrent éga­le­ment un lien avec les mala­dies car­diaques, hépa­tiques et rénales.

(1) Les Maladies Inflammatoires de l’Intestin (MII) sont des mala­dies chro­niques de l’intes­tin qui sont cau­sées par une réac­tion anor­male du sys­tème immu­ni­taire, pro­vo­quant une inflam­ma­tion des intes­tins qui se pré­sente sous dif­fé­rents symp­tômes. La mala­die de Crohn et la colite ulcé­reuse sont les prin­ci­paux troubles consti­tuant les MII.

Soins dentaires du chien inappropriés : brossage et le nettoyage des dents 

Le bros­sage et le net­toyage des dents et de la bouche peuvent faire plus de mal que de bien. Comme une par­tie impor­tante des colo­nies bac­té­riennes se trouvent dans la plaque den­taire, de nom­breux vété­ri­naires recom­mandent de bros­ser les dents de votre chien. Ou même de pro­cé­der à un net­toyage den­taire annuel sous anes­thé­sie, afin de l’é­li­mi­ner. Cela semble logique, mais il semble que les faits répondent à une toute autre logique et tota­le­ment opposée.

Lors des soins dentaires du chien, la reconstitution de la population des bactéries est quasi instantané

Un bros­sage de dents bien fait per­met d’é­li­mi­ner la majeure par­tie de la plaque den­taire. Mais les popu­la­tions bac­té­riennes com­mencent à se re-​coloniser la bouche immé­dia­te­ment après l’é­li­mi­na­tion de la plaque. Des études montrent qu’en­vi­ron un mil­lion de micro-​organismes recouvrent déjà la dent dans la minute qui suit le net­toyage. Et si les popu­la­tions d’o­ri­gine sont per­tur­bées, les bac­té­ries nocives peuvent être plus rapides à se mul­ti­plier et s’ins­tal­ler avant que les popu­la­tions “amies” ne se déve­loppent et les évincent.

Où vont les bactéries éliminées au cours du brossage ou au cours de soins dentaires du chien ?

Et il faut pen­ser à la des­ti­na­tion de toutes ces bac­té­ries. Vous ne vous débar­ras­sez pas des bac­té­ries, vous ne faites que les “enle­ver” des dents en les dépla­çant. Mais elles iront natu­rel­le­ment ailleurs :

  • Une bouche “malade” avec des colo­nies de bac­té­ries dés­équi­li­brées va ense­men­cer tout l’in­tes­tin avec de mau­vais microbes chaque jour. De ce fait, le bros­sage des dents de votre chien peut pro­vo­quer une bac­té­rié­mie, sur­tout si ses gen­cives saignent. Dans ce cas, les bac­té­ries pas­se­ront direc­te­ment de sa bouche à son sys­tème san­guin au niveau des vais­seaux endom­ma­gés de la bouche – ou de l’intestin. 
  • Chez un chien en bonne santé, le sys­tème immu­ni­taire peut gérer et éli­mi­ner l’af­flux de bac­té­ries dans le sang. Mais si votre chien souffre déjà d’une inflam­ma­tion, d’une dys­biose ou d’une autre mala­die chro­nique, son sys­tème immu­ni­taire peut atteindre son point limite d’ef­fi­ca­cité. Et lors du bros­sage ou du net­toyage, cela intro­duira une grande quan­tité de bac­té­ries sup­plé­men­taires dans la cir­cu­la­tion san­guine sans que le sys­tème immu­ni­taire soit assez fort pour les éliminer.

En résumé sur les soins dentaires du chien

  • La plaque den­taire est un bio­film de bac­té­ries orga­ni­sées ainsi que d’autres “sub­stances”. Cette colo­nie vit en har­mo­nie avec votre chien.
  • Si cette colo­nie est anéan­tie par le bros­sage, elle “repousse” en quelques minutes.
  • Si la colo­nie est per­tur­bée, des bac­té­ries nocives vont se re-​développer, peut-​être plus vite que les bonnes bac­té­ries. Cela pro­vo­quera une inflam­ma­tion. Si par ailleurs votre chien souffre d’une inflam­ma­tion chro­nique (ce qui est le cas de beau­coup de chiens), les bac­té­ries com­men­ce­ront à péné­trer direc­te­ment dans la cir­cu­la­tion san­guine à mesure que les sous-​produits bac­té­riens et les cel­lules immu­ni­taires dégradent les gencives.
  • Les bac­té­ries de l’in­tes­tin seront alors affec­tées, et les bac­té­ries “mau­vaises” conti­nue­ront aussi à s’in­fil­trer dans l’or­ga­nisme et à migrer vers d’autres organes. Elles pro­vo­que­ront davan­tage d’in­flam­ma­tion chro­nique et, fina­le­ment, des maladies.
  • Il est donc essen­tiel de pré­ser­ver la santé de la gueule de votre chien. Mais les méthodes tra­di­tion­nelles, comme le bros­sage, ne suf­fisent pas tou­jours et peuvent être contre-​productifs. Elles peuvent même pro­vo­quer des pro­blèmes de santé chez cer­tains chiens. 
  • Les soins den­taires ne sont donc pas aussi simples que seule­ment l’é­li­mi­na­tion de la plaque den­taire. Il ne faut pas oublier en effet que les bonnes bac­té­ries y vivent et gardent les micro-​organismes indé­si­rables à distance.

Mais il est pos­sible de net­toyer les dents des chiens sans les bros­ser. Ce sujet impor­tant a été traité dans un article séparé que vous pou­vez consul­ter en cli­quant sur “Probiotiques pour évi­ter le bros­sage des dents du chien”.

Références

(a) Jessica L. Mark Welch, Blair J. Rossetti et al. Biogeography of a micro­biome at micron scale. Proceedings of the National Academy of Sciences Feb 2016, 113 (6) E791-E800.
(b) Inness VL, McCartney AL, Khoo C, Gross KL, Gibson GR. Molecular cha­rac­te­ri­sa­tion of the gut micro­flora of heal­thy and inflam­ma­tory bowel disease cats using fluo­res­cence in situ hybri­di­sa­tion with spe­cial refe­rence to Desulfovibrio spp. J Anim Physiol Anim Nutr (Berl). 2007 Feb;91(1 – 2):48 – 53.
© Aline Rodrigues Hoffmann et al. The Skin Microbiome in Healthy and Allergic Dogs. Plos One. January 8 2014
(d) T Berglundh et al. Gingivitis in the deci­duous and per­ma­nent den­ti­tion. An expe­ri­men­tal study in the dog. J Clin Periodontology. August 1989.
(e) Daniel Grenier PhD et al. Probiotics for Oral Health : Myth or Reality ? JCDA. October 2009, Vol. 75, No. 8.





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